Le jardin à la française

Le jardin à la française ne peut être dissocié de la figure d’André Le Nôtre (1613 – 1700) qui est souvent considéré à tort comme son inventeur. En effet le modèle du jardin à la française apparaît dès le XVIème siècle lorsque le rapport entre le jardin et la demeure change. Contrairement au Moyen Age, il ne s’agit plus d’avoir un jardin fermé, souvent consacré à un potager, mais un jardin qui s’ouvre pour devenir  un élément à part entière de la demeure. C’est d’ailleurs ce que réalise l’architecte Philippe de l’Orme (1514 – 1570) pour le château d’Anet, demeure de Diane de Poitiers, où il ouvre le jardin médiéval.

 

Un modèle issu du développement scientifique

 

Outre une adaptation du jardin aux changements des modèles architecturaux, le jardin à la française, se développe également grâce aux avancées de la science. Des érudits mettent au point de nouveaux instruments comme le thermomètre, le baromètre et le télescope qui permettent des mesures plus précises.

Dans le même temps, plusieurs traités théoriques sont rédigés. Le plus célèbre étant de Jacques Boyceau de la Barauderie qui fait office de référence pour les paysagers. Il est l’un des premiers théoriciens et occupe la fonction d’Intendant des Jardins pour Louis XIII lorsqu’il rédige son Traité du jardinage selon les raisons de la nature et de l’art, publié en 1638, cinq ans après sa mort. Il faut noter que bien qu’ayant produit de nombreuses réalisations en Ile-de-France, André Le Nôtre n’écrira aucun traité de jardinage, mais l’on peut retrouver certaines ses idées transcrites en 1709 dans l’ouvrage de Dézallier d’Argenville, La Théorie et la pratique du jardinage, qui s’appuie beaucoup sur ses pratiques et ses expériences.

De même que pour les peintres et les architectes, émergent des dynasties de jardiniers qui se transmettent leur savoir au sein de la famille. C’est le cas de la famille des Le Nôtre, mais aussi d’autres familles tels que les Mollet dont le père, Claude Mollet est premier jardinier du roi Henri IV puis Louis XIII, et le fils André Mollet, publie en 1651 un autre traité de jardinage intitulé Le Jardin du Plaisir.

Qu’est-ce qu’un jardin à la française ?

 

 Il s‘agit d’une construction raisonnée et géométrique de la nature dans laquelle on peut retrouver différents éléments. Le plus important étant la pièce d’eau qui est centrale dans la construction du jardin, les lignes ramenant souvent vers cet élément. L’orangerie est un bâtiment du jardin souvent présent dans ce type de jardin, il faut tout de même noter qu’au XVIIème siècle l’orange est un produit de grand luxe, c’est donc un plaisir réservé aux plus riches.

De façon plus théorique, Jacques Boyceau de la Barauderie préconise dans son ouvrage le concept d’agencer des espaces en terrasses et insiste sur la disparition progressive des murs, soulignant ainsi la primauté du jardin ouvert sur l’environnement. De même, il règlemente l’aspect esthétique de l’art topiaire formé de grandes compositions ornementales géométriques se détachant sur un fond minéral obtenu par exemple avec du sable. Il critique l’usage exclusif des lignes droites et des espaces découpés en simples carrés ou rectangles, en prônant l’originalité et la diversité des formes. Pour lui, la base d’une conception de jardin à la française réussite se trouve dans l’étude précise du terrain et l’habilité à exploiter ses différentes caractéristiques en faveur du projet du maître-jardinier. 

La valeur symbolique du jardin à la française

 

Il faut noter qu’avec l’émergence et l’engouement autour de ce modèle, la profession de jardinier est complètement revalorisée et élève les pratiquants à un rang similaire à celui d’un artiste. Ainsi s’offrir un jardin à la française par André Le Nôtre revient presque à acheter une peinture d’un peintre reconnu.

Nous l’avons précisé, certains éléments sont réservés aux riches parmi les riches et permettent à ces familles de montrer leur pouvoir. Cette démonstration de richesse et de pouvoir peut également se faire de façon plus subtile. En 1663, André Le Nôtre est mandaté par le Prince de Condé, banni dans son château suite à la Fronde, pour réaliser un nouveau jardin d’agrément. Outre la virtuosité dont fait preuve Le Nôtre pour transformer le jardin marécageux en un splendide jardin à la française, le Prince de Condé utilise ce dernier pour faire passer un message à son cousin, le roi Louis XIV. En effet lorsqu’il est mandaté pour le château de Chantilly, André Le Nôtre travaille sur le chantier de Versailles. S’agissant de deux jardins à la française, on retrouve des éléments communs. Le Grand Canal à commencer dont la construction est entamée après celle de celui de Versailles et qui est beaucoup plus long. On peut également souligner les multiples références aux jardins de Vaux-le-Vicomte dans ceux de Chantilly. Alors simple coïncidence ou défi masqué ?

Ainsi le jardin à la française s’est largement imposé comme le modèle du jardin au XVIIème siècle. Aujourd’hui nous avons pu conserver un certain nombre d’exemples même si les jardins sont parfois plus difficiles à conserver qu’une architecture. Ils sont pourtant essentiels puisqu’ils font partie du bâtiment au même titre qu’une façade ou des moulures. Heureusement, ils peuvent aujourd’hui profiter d’une inscription ou une classification au titre des Monuments Historiques qui leur garanti un minimum de salut.